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Savonnerie dans les Bouches-du-Rhône : les gardiennes du savon de Marseille

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Savonnerie dans les Bouches-du-Rhône : les gardiennes du savon de Marseille

Les Bouches-du-Rhône abritent les quatre dernières savonneries qui fabriquent du savon de Marseille selon le procédé traditionnel en chaudron. Fer à Cheval, Savonnerie du Midi, Le Sérail à Marseille et Marius Fabre à Salon-de-Provence perpétuent un savoir-faire né au XVIIe siècle. Voici ce qui rend ces ateliers uniques et comment les découvrir.

Quatre savonneries gardent le procédé marseillais vivant

Au XVIIIe siècle, Marseille comptait 49 savonneries qui produisaient 76 000 tonnes par an (chiffre de 1786, archives de la chambre de commerce de Marseille). Le pic de production a atteint 180 000 tonnes en 1913. Aujourd’hui, quatre fabricants perpétuent ce savoir-faire dans le département.

SavonnerieLocalisationFondationSpécificité
Fer à ChevalMarseille1856Plus ancienne savonnerie marseillaise encore en activité
Savonnerie du MidiMarseille1894Produit aussi la marque La Corvette
Le SérailMarseille1949Dernier maître savonnier familial de Marseille
Marius FabreSalon-de-Provence1900Musée du savon et visites gratuites

Ces quatre entreprises sont membres de l’UPSM (Union des Professionnels du Savon de Marseille), créée en 2011 pour défendre l’authenticité du produit face aux contrefaçons. L’organisme CERTIPAQ vérifie chaque année le respect de leur charte qualité.

Concrètement, chaque savonnerie possède ses propres chaudrons en acier, certains d’une capacité de 10 à 20 tonnes de pâte. Les maîtres savonniers surveillent la cuisson à l’œil et au toucher, un geste transmis de génération en génération.

Le procédé en chaudron : 14 jours pour un savon authentique

Le procédé marseillais suit un cycle de fabrication de 14 jours, codifié par un édit de Colbert en 1688. Cette méthode distingue le vrai savon de Marseille des copies industrielles pressées en quelques heures.

Les étapes se décomposent ainsi :

  1. Empâtage : les huiles végétales (olive ou coprah) chauffent avec de la soude dans un chaudron à 120 °C
  2. Relargage : la pâte se lave à l’eau salée pour éliminer la soude excédentaire
  3. Cuisson : le mélange cuit pendant 10 jours sous la surveillance du maître savonnier
  4. Lavage : plusieurs rinçages à l’eau pure produisent un savon “extra pur”
  5. Coulée : la pâte chaude (50 à 70 °C) coule dans des mises en bois ou en acier
  6. Séchage : 48 heures à l’air libre, accéléré par le mistral quand il souffle

Après découpe et estampillage, chaque cube porte la mention “72 %” sur ses six faces. Ce chiffre correspond au pourcentage minimal d’huiles végétales, un standard fixé par la réglementation de 1688 et toujours respecté par les quatre savonneries du département.

Le savon de Marseille vert contient 100 % d’huile d’olive de grignons. La version beige associe huile de coprah et huile de palme RSPO. Les deux passent par le même procédé en chaudron.

Reconnaître un vrai savon face aux contrefaçons

Plus de 90 % des savons vendus sous l’appellation “savon de Marseille” sont des contrefaçons, selon l’enquête du site Le Curieux (lecurionaute.fr). La plupart proviennent de Chine ou de Turquie et contiennent des graisses animales, des colorants ou des conservateurs absents de la recette originale.

Pour identifier un savon authentique, vérifie ces critères :

  • La mention 72 % estampillée sur le cube (pas imprimée sur un emballage)
  • Une liste INCI courte : 4 à 6 ingrédients maximum (Sodium Olivate ou Sodium Palmate, Aqua, Sodium Chloride, Sodium Hydroxide)
  • L’absence totale de parfum, colorant et conservateur
  • Le logo UPSM ou la mention “fabriqué à Marseille”
  • Un prix cohérent : un cube de 600 g coûte entre 6 et 10 euros chez un fabricant certifié

Le problème ? L’appellation “savon de Marseille” ne bénéficie d’aucune Indication Géographique Protégée (IGP). N’importe quel fabricant peut l’utiliser. L’UPSM milite depuis 2011 pour obtenir cette protection, sans succès à ce jour.

Un savon au pH compris entre 9 et 10 confirme un produit fabriqué par saponification. Les copies à base de tensioactifs synthétiques affichent un pH neutre ou acide, signe d’un procédé industriel différent.

Visiter les ateliers : une plongée dans le savoir-faire provençal

Plusieurs savonneries ouvrent leurs portes au public. Ces visites permettent de suivre le cycle de production et de comprendre pourquoi 14 jours sont nécessaires pour fabriquer un seul lot.

Marius Fabre à Salon-de-Provence propose l’expérience la plus complète. Le musée retrace 120 ans d’histoire familiale avec des outils d’époque, des moules en bois et des archives photographiques. L’accès est gratuit. Les ateliers de production se visitent en semaine, quand les chaudrons tournent.

Fer à Cheval, la plus ancienne savonnerie marseillaise (fondée en 1856), organise des visites guidées sur réservation. Tu y découvres des chaudrons centenaires toujours en service, avec une capacité de plusieurs tonnes chacun.

La Savonnerie du Midi fabrique aussi la marque La Corvette, certifiée Ecocert et Cosmebio. Ses visites montrent la ligne de production complète, de l’empâtage au conditionnement.

Sur le terrain, le contraste frappe entre l’échelle artisanale du procédé et les volumes produits. Un seul chaudron de la Savonnerie du Midi peut contenir jusqu’à 15 tonnes de pâte, pour un cycle de cuisson de 10 jours.

Le savon de Marseille au quotidien : bien plus qu’un produit de toilette

Le savon de Marseille sert autant à l’hygiène corporelle qu’à l’entretien de la maison. Sa composition simple (huiles végétales, soude, eau, sel) le rend biodégradable et adapté aux peaux sensibles grâce à l’absence d’allergènes de synthèse.

UsageForme recommandéeAvantage principal
Toilette corps et visageCube ou savonnetteSurgras naturel, sans perturbateur endocrinien
Lessive maisonCopeaux ou cube râpéÉconomique : 1 cube de 400 g produit environ 8 litres de lessive
Nettoyage multi-surfacesSavon liquideDégraisse sans résidu chimique
Détachant textileCube frotté directementEfficace sur taches de graisse et col de chemise

Pour fabriquer ta propre lessive, la recette de lessive maison au savon de Marseille détaille le dosage et les étapes. Tu peux aussi ajouter du bicarbonate de soude pour renforcer le pouvoir nettoyant : la recette lessive savon de Marseille et bicarbonate explique les proportions exactes.

Autre point : le savon de Marseille se retrouve aussi dans les remèdes de grand-mère. Certains placent un morceau sous les draps contre les crampes nocturnes. Le sujet divise les spécialistes, comme le détaille notre article sur le savon de Marseille et les crampes.

Choisir sa savonnerie : les critères qui comptent

Toutes les savonneries artisanales des Bouches-du-Rhône ne se valent pas. Certaines maîtrisent le procédé en chaudron, d’autres pratiquent la saponification à froid ou travaillent à partir de bases de savon importées.

Concentre-toi sur ces points avant d’acheter :

  • Procédé de fabrication : chaudron (14 jours) ou à froid (4 à 6 semaines de séchage). Les deux sont artisanaux, mais seul le chaudron correspond au procédé marseillais historique.
  • Certification UPSM : garantit le respect de la charte qualité contrôlée par CERTIPAQ
  • Origine des huiles : olive de grignons (vert) ou coprah/palme RSPO (beige). Vérifie la traçabilité.
  • Transparence : un fabricant sérieux affiche sa liste INCI complète et ouvre ses ateliers au public

Les savonneries à froid du département, comme la Savonnerie du Regagnas à Trets ou la Savonnerie du Moulin à Grain à Lambesc, produisent des savons surgras enrichis en beurres végétaux. Ces produits, de qualité artisanale, ne portent pas l’appellation “savon de Marseille” au sens historique du terme.

En pratique, un bon point de départ pour évaluer la qualité d’un savon reste la lessive maison. Un vrai savon de Marseille se dissout complètement dans l’eau chaude sans laisser de résidu. Les copies laissent souvent un dépôt gras au fond du récipient.

Prochaine étape

Rends-toi directement chez l’un des quatre fabricants certifiés UPSM. Compare un cube estampillé 72 % avec un savon de supermarché : la différence de texture, d’odeur et de mousse ne laisse aucun doute. Un cube de 600 g dure entre 3 et 6 mois pour un usage quotidien, ce qui place le coût réel sous les 2 euros par mois.

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